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Des petits actes de résistance quotidiens
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J'espère que le format de cette infolettre vous plaît. Vos retours sont précieux. Je vais tenter ces prochains mois de vous proposer des contenus plus régulièrement, en faisant toujours attention de ne pas remplir votre messagerie sans motif valable.
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La question de la souveraineté numérique est au cœur des discussions. Sa définition varie en fonction des intervenants. Je vous explique plus bas comment j'appréhende ce sujet et pourquoi j'aimerais trouver une notion plus adaptée.
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Mercredi, j'ai eu la chance de m'entretenir avec la philosophe britannique Sadie Plant. Elle était de passage à Genève pour présenter son livre Zeros and Ones traduit en français aux Editions Sans Soleil 28 ans après sa parution originale. Je vous en avais touché un mot dans la précédente infolettre. L'entretien paraîtra ce samedi dans le journal Le Temps.
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Bien que brève, ce fut une rencontre enrichissante. Sadie Plant n'a pas publié d'essai depuis plus de 20 ans. Elle m'a toutefois donné un petit livre qui retrace un projet qu'elle a réalisé à Bienne. Elle vit dans cette ville depuis plus de dix ans désormais. Elle a transformé une vieille cabine téléphonique sur un quai de gare en un lieu de poésie. Sadie Plant a créé des poèmes en disposant des livres trouvés ou reçus de façon à générer des phrases.
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Cette démarche peut sembler improductive. Sadie Plant n'a pas créé de valeur marchande par son acte. Et c'est là que de tels projets simples, contemplatifs, peuvent prendre une dimension politique. C'est une manière de résister que je trouve très belle.
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«En vérité, la Terre deviendra un jour un lieu de guérison.»
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Ainsi parlait Zarathoustra — Friedrich Nietzsche
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P.S.: Je vous retrouve le 12 mars à 18h30 au Cinélux de Genève pour la première diffusion du film Plus large que le ciel. J'interviendrai à la fin pour parler d'intelligence artificielle. Le 24 mars à 19h, je serai au Bureau culturel genevois pour discuter des enjeux de l'IA générative dans les métiers créatifs. Le 31 mars, je parlerai des réseaux sociaux après la diffusion du film Molly vs The Machines à 19h à La Dépendance à Lancy. Avril sera plus tranquille, mais ça recommence en mai...
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L'éditorial
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Je n'aime pas la notion de «souveraineté numérique». Je la trouve réductrice, notamment parce que la souveraineté en tant que telle s’applique au périmètre d’un Etat. Le sujet va pourtant bien au-delà: il est systémique. Je n’ai toutefois pas d’autres termes à proposer. La chercheuse Ophélie Coelho suggère dans son ouvrage Géopolitique du numérique: L’Impérialisme à pas de géants le qualificatif de «nœud de dépendance».
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J’aime bien cette idée parce qu’elle permet d’appréhender le sujet d’un point de vue stratégique: ce n’est pas la maîtrise technologique totale qu’il faut viser, mais le contrôle de certains éléments qui garantissent qu’un rapport de force peut être installé si l’un des acteurs de la chaîne agit d’une manière qui ne plaît pas aux autres.
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La notion d’«autonomie stratégique» peut être utile aussi, même si elle est plutôt issue du domaine militaire. Tous ces termes ne me satisfont pas pleinement. Ils sont pertinents chacun à leur manière, mais ils ont aussi pour effet de restreindre la question à des aspects assez bien délimités.
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Je vais tenter d’éclaircir ma pensée le mieux possible. La souveraineté numérique est souvent associée à l’origine des logiciels et du matériel, ainsi qu’à la localisation des infrastructures. Ce sont bien entendu des aspects essentiels. Mais ils ne sont pas suffisants à eux seuls. Je vais vous donner un exemple. Les logiciels libres sont souvent mentionnés comme un instrument essentiel pour garantir la souveraineté numérique. Je pense que cela mérite d’être nuancé.
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Les technologies numériques n’ont pas seulement une fonction instrumentale. Elles déploient une vision du monde à travers leur manière d’interpréter et de restituer les informations. Chaque étape de leur conception inclut une grande variété de décisions, qui ont une influence sur le produit final. Bon nombre de logiciels libres se sont orientés ces dernières années vers une plus grande homogénéisation en matière d’interface et de fonctionnalités. Cette approche vise à répondre à une critique aussi ancienne que le sont les logiciels libres: ils sont compliqués, peu intuitifs, peu ergonomiques.
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C’est encore vrai pour un grand nombre d’entre eux. Mais s’agit-il réellement d’un défaut? Cette rugosité a aussi une fonction: elle donne aux utilisateurs une plus grande capacité d’action dans le paramétrage de leurs outils. Oui, ça nécessite de se renseigner. C’est chronophage, ce qui ne colle pas très bien avec le rythme de nos sociétés qui ont fait de l’efficience et de la productivité les deux mamelles du capitalisme.
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Se poser la question de la vision du monde embarquée dans nos technologies est tout aussi important que de savoir si celles-ci peuvent être maîtrisées par leurs utilisateurs. Cela est d’autant plus vrai à l’ère des grands modèles de langage qui sont de véritables machines à accélérer la domination culturelle de ceux qui les conçoivent. Je trouve en cela l’approche des écoles polytechniques fédérales et du Centre suisse de calcul scientifique très intéressante. Leur grand modèle de langage Apertus s’inscrit à sa manière dans cette idée que je me fais de la souveraineté numérique au sens large.
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Si demain nous troquons tous nos logiciels édités par des entreprises américaines, que nous produisons notre problème matériel et que nous disposons de nos propres infrastructures, ça ne sera pas pour autant la garantie absolue d’une véritable souveraineté numérique. Si nous avons simplement copié ce que font les Etats-Unis depuis des décennies, nous n’aurons en réalité réglé qu’une partie du problème.
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La réflexion autour de la souveraineté numérique doit envisager la diversité comme un axe essentiel de l’émancipation. Nous devons être capable de défendre des numériques qui sont autant de manières de voir le monde, et de l’organiser. Il ne peut pas y avoir une réponse unique, standardisée, ou alors nous ne ferons que déplacer le problème auquel nous faisons face. Cela reviendrait à reculer pour mieux sauter. La résilience de nos sociétés en dépend aussi. La centralisation et l’homogénéisation ne font qu’accroître nos vulnérabilités. Je suis pour ma part convaincu qu’il est possible de cultiver la variété et d’en faire un atout.
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C’est un projet de société radicalement différent de celui dans lequel nous sommes embarqués malgré nous. Nous pouvons nous inscrire dans une perspective de réappropriation des savoirs-faires en favorisant les circuits courts autant que possible. Cela mettrait un terme à la dépossession organisée qui caractérise notre époque. Nous pouvons redonner du sens aux communes, aux communautés. Mais nous devons commencer par façonner les contre-récits qui rendront ces aspirations politiques aussi désirables que l’est le consumérisme et l’individualisme. Le futur n’est pas encore écrit.
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Ma recommandation
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Ce n'est pas un livre sur la tech dont je vous parle aujourd'hui. Albert Camus à Combat retrace les années du journaliste dans ce quotidien français. Je l'ai lu il y a près de dix ans, et pourtant ce livre m'a marqué. Les 165 articles et éditoriaux publiés par Albert Camus entre 1944 et 1947 ont tous quelque chose à nous apprendre. Ce n'est pas très original qu'un journaliste parle d'Albert Camus, j'en suis bien conscient. Mais je n'y peux rien: j'admire le personnage, et en particulier sa manière d'exercer le journalisme. En ces temps troublés, je trouve que de se replonger dans ces textes est un exercice nécessaire. J'aime aussi son style, simple, tranchant, efficace. Il porte la plume dans la plaie pour citer la fameuse phrase d'un autre journaliste, Albert Londres. Je peux aussi vous recommander l'excellent Albert Camus, journaliste de Maria Santo-Sainz paru en 2019 aux Editions Apogée. C'est une excellente façon de prendre la mesure de l'intéressé et de s'inspirer de ce qu'il nous a laissé.
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A lire sur le site
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Contre la «dématérialisation»
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Les mots sont politiques. Ils tracent des frontières. Ils conditionnent nos imaginaires. Ils peuvent libérer ou assujettir. Ce sont des fenêtres ou ce sont des murs. Ils révèlent une vision du monde. Leur choix est crucial. La rhétorique de la «dématérialisation» en est la parfaite illustration. Lire la suite
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Audiovisuel public et fragmentation
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Nous votons dimanche 8 mars sur l'avenir du financement de l'audiovisuel public en Suisse. Je vous propose d'analyser ce débat sous le prisme de l'individualisme et de la fragmentation qui sont au cœur de la conception de nos outils et services numériques. En savoir plus
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Merci de m'avoir lu, je vous donne rendez-vous pour la prochaine infolettre. En attendant, vos remarques sont les bienvenues. Vos suggestions de sujet aussi.
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