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App' toi lentement
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Cette infolettre compte désormais près de 400 abonné-e-s. Je ne pensais pas que mon retrait de Facebook, Instragram et Bluesky provoquerait une telle affluence. J'ai procédé à la suppression de mes comptes mardi 21 avril. Dans 30 jours, ces comptes seront définitivement effacés. Je ne reviendrai pas en arrière.
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J'ai atteint un point de saturation avec les plateformes basées sur le modèle de l'extraction de données personnelles. Cela me démange de mettre également un terme à ma présence sur LinkedIn. Mon profil est suivi par plus de 16'000 utilisateurices. Un chiffre qui peut sembler élevé, mais qui ne dit finalement rien de la visibilité réelle de mes contenus, qui dépend de logiques opaques. Il n'est pas impossible que je procède à cette dernière étape plus rapidement que je ne l'avais envisagé.
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J'avais aussi envie de questionner (à nouveau) la numérisation de nos interactions, toujours présentée à grands renforts de termes mélioratifs. Un communiqué du Département vaudois de l'enseignement et de la formation professionnelle m'a servi de prétexte pour aborder ce sujet. Je vous en parle plus bas.
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«Que craindre au monde, sinon la solitude et l'ennui?»
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Sous le soleil de Satan – Georges Bernanos
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L'éditorial
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Apple a lancé sa fameuse devise «Il y a une application pour ça» (There's an app for that) en 2009. Ce slogan s’est depuis transformé en une certaine idée du monde. Près de deux décennies plus tard, nous sommes quotidiennement confrontés à l’essor de nouveaux logiciels, qui tous promettent de régler nos problèmes, des plus triviaux aux plus cruciaux.
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Efficacité, efficience, rapidité, simplicité, fluidité, productivité… Tout ce qui participe à numériser nos vies est présenté de manière positive. Les interactions sociales sont converties en modèles théoriques dont les paramètres peuvent être ajustés pour atteindre les objectifs politiques ou commerciaux visés. Cette approche est malheureusement réductrice. Elle fait de la numérisation une fin en soi, une marche inarrêtable vers le progrès. Elle omet les effets de bord que peut produire l’intermédiation de nos interactions par des systèmes techniques.
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Nous continuons de croire qu’il y aurait des solutions magiques à des problèmes complexes et dynamiques. Pourtant l’expérience montre qu’à chaque fois que nous modifions une situation, de nouvelles difficultés apparaissent. C’est une course sans fin.
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Le canton de Vaud a présenté ce vendredi 24 avril son application «pour rapprocher l’école et les familles». Je trouve cet exemple parlant. Les termes employés sont importants. «Cette démarche marque une étape importante dans la simplification des échanges entre les familles et les actrices et acteurs de l’enseignement», écrit le Département de l’enseignement et de la formation professionnelle (DEF).
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La démarche part sans doute d’une bonne intention. Le recours à des messageries commerciales comme WhatsApp par les parents et les enseignants pose de nombreux problèmes, notamment en termes de protection des données. Proposer une «application vaudoise souveraine» selon les mots choisis par le DEF a pour but de rendre possible de telles interactions dans un cadre plus sécurisé.
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Le développement de cette messagerie signifie que les autorités vaudoises voient dans l’instantanéité de la communication entre l’école et les familles un progrès. Je me permets d’en douter. Je suis moi-même obligé d’utiliser une telle application dans le cadre de la scolarité de ma fille. C’est le seul canal d’information utilisé par l’école. Devoirs, événements, évaluations, messages divers… Tout y passe.
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Cette plus grande «fluidité» dans la communication a pour corollaire de produire plus de «bruit». Par bruit, j’entends toutes les informations qui ne sont pas indispensables, et qui pourtant sont notifiées de la même manière. L’application s’immisce dans la vie quotidienne des parents et des enseignants à des moments qui d’ordinaire n’étaient pas consacrés à ces interactions. Je reçois des messages non urgents à des heures de bureau, plutôt qu’au retour de l’école. La possibilité de diffuser des informations plus facilement incite l’institution à communiquer davantage.
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L’application permet aussi d’écrire de jour comme de nuit aux enseignants, et inversement. J'ai reçu un message hier soir (voir ci-dessous). Un samedi à 20h36... Ce mode d’échange crée une forme d’horizontalité dans les interactions qui est de nature à faire de l’école une interlocutrice comme les autres, plaçant les acteurs de cette institution en première ligne. Beaucoup de professionnels se plaignent d’une détérioration des relations avec les parents. La numérisation n’est bien sûr pas seule en cause. Mais elle contribue à brouiller les repères.
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Nous devrions plutôt réfléchir en termes de modalité et de temporalité. Nos technologies nous permettent de communiquer de manière instantanée, mais il y a des contextes au sein desquels un tel rythme n'est pas souhaitable. L'école en est le parfait exemple. L'immédiateté n'apporte rien. Pour les situations d'urgence, il y a les appels téléphoniques. Il y a sans doute des cas particuliers où la possibilité de prévenir par message apporte réellement un bénéfice. Mais c'est la situation d'ensemble qu'il faut avoir en tête.
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La crainte de rater le train explique en grande partie pourquoi les institutions publiques comme privées se lancent tête baissée dans la numérisation, sans se préoccuper des conséquences. Elles cherchent à se donner une image de modernité. Peut-être est-ce aussi la manière dont ces projets sont conçus qui pose problème. Je plaide pour ma part pour des approches pluridisciplinaires. En plus des gestionnaires et des ingénieurs, il faut inclure dans la réflexion des représentants des sciences humaines et sociales.
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Le prototypage à petite échelle peut aussi être un moyen de tester des idées et d'en tirer des leçons. Lorsque des moyens trop importants ont été engagés dans un projet, le coût du désengagement ou de la bifurcation se révèle trop élevé et donc politiquement indéfendable. Combien de développements ont été menés à terme malgré des essais peu concluants? Sans doute bien plus qu'on ne le pense. Il serait temps d'accepter qu'il n'y a pas d'application pour tout, et que la numérisation n'est pas toujours synonyme de progrès et de bienfait.
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Recommandation
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Vous avez sans doute remarqué la hausse des cas de violences sexistes et sexuelles ces derniers mois. La production de nus non consensuels par des logiciels génératifs bat son plein et fait les gros titres. Une enquête publiée il y a quelques jours par les journaux Tamedia révèle que le phénomène touche aussi la Suisse. La progression des courants masculinistes est vraiment préoccupante. Pour comprendre ce phénomène, je vous recommande la lecture de La terreur masculiniste (Ed. du Détour, 2024) de Stephanie Lamy. La chercheuse décrit ces idéologies avec rigueur et clarté. Je vous signale aussi le dernier épisode de l'émission Internet exploreuses dont je vous ai récemment parlé, qui traite justement de masculinisme et de réseaux sociaux, avec la journaliste Pauline Ferrari.
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Agenda
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Voici les événements publics auxquels je participerai ces prochaines semaines:
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- Mercredi 29 avril dès 18h30 à Thônex: modération d'une table-ronde portant sur le thème de la sécurité numérique en entreprises. L'événement est organisé par les communes des Trois Chênes. Plus d'infos ici.
- Samedi 2 mai à 14h: table ronde sur le thème des auteurices de BD face à l'IA générative dans le cadre du festival BDFil à Lausanne. Plus d'infos ici
- Jeudi 21 mai à 19h à Genève: table ronde sur les effets de l'intelligence artificielle dans le monde du travail, organisée par l'organisation Rezalliance. Informations et inscriptions ici.
- Jeudi 28 mai à 17h: conférence durant laquelle je présenterai un «Plaidoyer pour une politique publique en faveur des communs numériques» à la Haute école Arc (Neuchâtel). Evènement organisé par le Sustainable & Open IT Lab. Inscription gratuite ici.
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Ces IA érotiques qui bouleversent les sentiments des jeunes
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Vivre ses premiers émois amoureux avec une intelligence artificielle, programmée pour ne jamais contredire ni rejeter, n’est pas sans conséquences. Ces compagnons virtuels peuvent brouiller l’apprentissage des relations réelles et nourrir la peur de s’y confronter. Le Monde
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Merci de m'avoir lu, je vous donne rendez-vous pour la prochaine infolettre. En attendant, vos remarques sont les bienvenues. Vos suggestions de sujet aussi.
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