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IA rien à sauver
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Après avoir tout fait pour nous imposer Copilot, Microsoft a décidé de mettre un peu la pédale douce avec son «assistant». Il ne l'installera plus par défaut avec Windows 11. C'est loin d'être la seule entreprise à nous imposer des fonctionnalités d'intelligence artificielle générative partout... Je vous parle aujourd'hui du géant Nvidia, qui s'est dit que le jeu vidéo était jusqu'ici un peu trop épargné par le phénomène.
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Sinon, le patron de l'entreprise française Mistral AI, Arthur Mensch, a récemment proposé d'obliger les éditeurs de modèles de langage à verser une contribution dans un fonds destiné à soutenir la création culturelle en Europe. Une manière, comme le souligne le camarade Irénée Régnauld, de passer pour de bons samaritains alors qu'ils n'hésitent pas à piller des œuvres protégées par le droit d'auteur.
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Je ne sais pas vous, mais moi j'en ai un peu marre de cette fascination pour l'intelligence artificielle. C'est comme à l'époque des apps: tout le monde veut en mettre partout, même si ça ne sert à rien. Et toute tentative d'avoir une discussion rationnelle finit inévitablement par des anathèmes. Rejeter l'IA, c'est forcément être contre le progrès, et celui-ci étant inéluctable, bah c'est pas bien...
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Si vous avez des astuces pour garder le moral malgré l'emmerdification de chaque pan de notre quotidien, je suis preneur.
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«Quelques générations encore, et le rire, réservé aux initiés, sera aussi impraticable que l'extase.»
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Syllogismes de l'amertume — Emil Michel Cioran
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L'éditorial
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Vous connaissez sûrement Nvidia. C'est l'entreprise la plus valorisée au monde: 4,28 milliards de dollars au moment où j'écris ces lignes. Avant le lancement de ChatGPT en novembre 2022, la société cofondée par Jensen Huang en 1993 était surtout connue par les amateurs de jeux vidéo. Elle conçoit depuis ses débuts des processeurs graphiques. Il s'agit de puces capables de traiter une grande quantité de calculs en parallèle, ce qui les rend particulièrement efficaces pour afficher des images en 3D. Il se trouve que cette architecture s'avère bien adaptée aux besoins des logiciels d'intelligence artificielle.
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Nvidia est une entreprise dite fabless: elle n'a pas d'usine. Elle conçoit les puces, mais celles-ci sont produites par des intermédiaires, dont la célèbre société taïwanaise TSMC. La valeur de Nvidia ne réside pas uniquement dans sa capacité à «dessiner» des processeurs. Elle a développé un véritable écosystème logiciel pour permettre à ses clients de tirer le meilleur parti de son matériel. Son langage de programmation CUDA rend l'entreprise incontournable.
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Mais je m'égare un peu. Aujourd'hui, Nvidia fait la pluie et le beau temps dans l'industrie de la tech. Si d'autres acteurs essaient de se tailler des parts de marché, elle occupe une place quasi-hégémonique. Ses serveurs taillés pour les besoins de l'intelligence artificielle se vendent comme des petits pains. Les capacités de production des sous-traitants de Nvidia sont d'ailleurs mises à rude épreuve. Les délais de livraison s'en trouvent rallongés.
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Pas de panique: ça ne fera pas baisser la valeur de votre action. Bah non, Nvidia a tout compris. Si vous voulez être livré sous 60 jours, il faudra rallonger une certaine somme. On parle quand même d'environ 100'000 francs sur une commande de 500'000 francs. Soit 20% du prix de vente. Pile, Nvidia gagne, face, tu perds. C'est clair?
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Bref, je ne vais pas me lancer dans une analyse approfondie des nombreux enjeux que la domination de Nvidia pose sur l'économie mondiale (parce qu'en fait, ça va bien au-delà du seul secteur de l'intelligence artificielle). En fait, Nvidia continue de bichonner les amateurs de jeux vidéo. Enfin, elle essaie. Chaque année, elle présente de nouveaux processeurs graphiques. Ces dernières années, Nvidia s'est surtout démarqué par de nouvelles fonctionnalités logicielles. Bien sûr, son matériel évolue à chaque itération et les capacités de calcul progressent aussi.
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L'entreprise se distingue toutefois par l'efficacité de ses fonctionnalités. Le DLSS est la plus connue. Je vais tenter de vous expliquer son rôle de façon la plus simple possible. C'est une technologie d'upscaling: l'ordinateur calcule une image en basse définition, par exemple en 480p, et le logiciel va la «passer à l'échelle» pour afficher une définition plus élevée. Cette approche permet de limiter la consommation de ressources de l'unité de traitement graphique, tout en conservant des performances d'affichage élevées. Dans cet exemple, l'intelligence artificielle sert à «deviner» les pixels manquants.
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Jusqu'ici, le DLSS se limitait à cette fonction de prédiction (je ne vais pas entrer dans tous les détails de ce que cette technologie permet, mais ça vous donne une idée globale). Nvidia a toutefois décidé d'aller un cran plus loin avec la version que l'entreprise a présenté ces derniers jours: le DLSS 5. Désormais, sa fonctionnalité ne se contentera plus de prédire les pixels: elle va aussi en inférer de nouveaux.
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Et c'est là que le bât blesse. Nvidia assure que sa technologie permettra d'afficher des rendus visuels plus réalistes dans les jeux vidéo. Mais le résultat est loin d'être aussi convainquant (voir ci-dessous). C'est même plutôt la douche froide. En fait, le DLSS 5 transforme en profondeur l'affichage des jeux vidéo, en modifiant l'éclairage et l'apparence des scènes. Le réalisme vanté par Nvidia s'apparente surtout à la généralisation de filtres IA moches débordant de biais sexistes et racistes.
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Si vous avez l'impression que le web est saturé d'images générées par IA, dites-vous que le jeu vidéo pourrait bientôt suivre cette tendance. Bon, personne n'est obligé d'activer le DLSS 5 (en plus, il faudra une carte graphique vraiment très chère). Mais ça montre un peu la vision du monde de Nvidia, et plus généralement des entreprises de la tech. Nvidia se fiche pas mal de la vision artistique des créateurs de jeux vidéo. Son DLSS 5 propose de lisser tout ça, pour en faire une espèce de bouillie infâme qui ne fait nullement honneur à l'art qu'il y a dans toute approche vidéoludique.
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Ma recommandation
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C'est une référence en la matière. Le Contre-atlas de l'intelligence artificielle (Ed. Zulma, 2022) de la chercheuse américaine Kate Crawford offre un tour d'horizon des enjeux autour de cette technologie. L'autrice aborde cette technologie sous l'angle de l'extractivisme dont elle dépend pour son développement. Travail humain, matière première, énergie, données... Tout est extrait sans égard par les industriels de la tech.
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Agenda
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Voici les événements auxquels je participerai ces prochaines semaines (des dates supplémentaires en avril et en mai devraient être confirmées sous peu):
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- Mardi 24 mars à 19h: table ronde «Création & Phob.IA» organisée par le Bureau culturel genevois. Nous tenterons de répondre à cette vaste question: l’IA générative, menace ou opportunité pour la création? Les informations détaillées sont disponibles ici.
- Mardi 31 mars à 19h: projection de Molly vs the Machines puis discussion autour des enjeux soulevés par le film. L'événement est organisé par le FIFDH. Inscription gratuite ici.
- Jeudi 28 mai à 17h: conférence durant laquelle je présenterai un «Plaidoyer pour une politique publique en faveur des communs numériques» à la Haute école Arc (Neuchâtel). Evènement organisé par le Sustainable & Open IT Lab. Inscription gratuite ici.
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Lu ailleurs
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L'intelligence artificielle générative lave plus blanc que blanc
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Le Monde découvre que les logiciels comme ChatGPT et Gemini ont la fâcheuse tendance à se représenter le monde selon des critères non seulement occidentaux, mais aussi très blancs. Rien de neuf, mais c'est toujours bien de le rappeler... Le Monde
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Arte n'aime plus les traducteurs humains
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La chaîne franco-allemande fait de plus en plus appel à la machine pour créer les sous-titres en sept langues de ses programmes. D’ici à la fin de l’année, 50% de son catalogue sera traduit par IA, cantonnant les traducteurs à un fastidieux travail de «post-édition», payé moitié moins. Mediapart
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Merci de m'avoir lu, je vous donne rendez-vous pour la prochaine infolettre. En attendant, vos remarques sont les bienvenues. Vos suggestions de sujet aussi.
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