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Journaliste, qui t'a défait roi?
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Le président du New York Times s'est fendu d'une prise de position contre les éditeurs de grands modèle de langage lors d'un congrès international réunissant les médias. Les déclarations d'Arthur Gregg Sulzberger ont trouvé un large écho au sein de la professio . Elles ne sont pourtant pas particulièrement audacieuses, et je vous partage dans cette nouvelle édition de mon infolettre les raisons pour lesquelles je ne suis pas emballé par cette posture sur le fond.
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Je crois savoir que l'encyclique du Pape Léon XIV, Magnifica humanitas, est un sujet de conversation assez prisée ces jours à la machine à café. La Croix en propose une version PDF en intégralité sur son site, si vous ne l'avez pas encore lue. Le vicaire du Christ se fait l'allié de la technocritique le temps d'aborder les enjeux autour du développement de l'intelligence artificielle...
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L'éditorial
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Beaucoup de consœurs et confrères ont encensé les déclarations d'Arthur Gregg Sulzberger, président du New York Times, lors du Congrès des médias. Il s'en est pris aux éditeurs de grands modèles de langage comme OpenAI, Google ou encore Mistral. Si vous l'avez raté, Le Grand Continent en a fait une traduction en français.
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Ses propos sont intéressants. Il montre à quel point les industriels captent nos communs pour en extraire de la valeur en dépit des règles de droit qui prévalaient jusqu'ici. Oui, c'est du vol, oui, c'est inacceptable.
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Je suis toutefois sceptique quant au reste de son analyse. Il sombre dans un relativisme problématique, suggérant qu'avant l'essor de l'intelligence artificielle générative, les relations avec l'industrie technologique étaient compliquées mais chacun y trouvait son compte d'une certaine manière. Je ne suis pas d'accord avec cette vision.
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Arthur Gregg Sulzberger semble accorder beaucoup de valeur au trafic généré par Google. Il reconnaît que l'entreprise n'a eu de cesse ces dernières décennies de capter une part toujours plus importante des recettes publicitaires, mais puisqu'elle permettait au public de se frayer un chemin vers les sites d'actualité, l'affaire n'était pas si mauvaise en fin de compte.
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Je suis assez abasourdi par ce manque de vision stratégique. Google n'a jamais fait de fleur aux médias. Il les a simplement transformés en un maillon d'une chaîne de valeur dont il a pris le contrôle, aux côtés d'autres acteurs de la Silicon Valley.
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Certes, de nombreux journaux étaient déjà dépendants des intermédiaires publicitaires avant l'essor du web, mais ils avaient un pouvoir de négociation relatif plus important. Je vous recommande d'ailleurs à ce sujet L'argent de la presse suisse: les années Publicitas 1890-1990 de l'historien Alain Clavien. Il s'est plongé dans les archives de cette puissance entreprise, tombées dans le domaine public, et éclaire dans son ouvrage des enjeux économiques méconnus du public et d'une partie de la profession elle-même.
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Les principales entreprises technologiques ont orchestré l'enclosure d'internet, l'un des biens communs les plus précieux de notre époque. Arthur Gregg Sulzberger ne semble pas avoir conscience que le problème qu'il dénonce, à savoir le pillage de contenus protégés par des droits de propriété intellectuelle, est indissociable de cet écosystème dont il a fait contre mauvaise fortune bon cœur.
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Les médias qui continuent de dépendre pour leur survie des recettes publicitaires issues de leur activité en ligne sont un rouage essentiel de cet écosystème contrôlé par Google, Meta et compagnie. Les implications sont profondes. Il ne s'agit pas uniquement d'un changement dans la nature du modèle d'affaires du journalisme. Cette dépendance a considérablement transformé la manière de penser l'information, de la fabriquer et de la «vendre». Les formats se sont adaptés pour respecter le cadrage imposé par ces entreprises.
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Je vous le dis, la situation est grave, parce que cela va jusqu'à affecter la manière dont les médias choisissent les mots qu'ils utilisent pour présenter l'information. Cela porte un nom: le SEO, c'est-à-dire l'optimisation du référencement sur les moteurs de recherche. Des spécialistes tentent de décoder les tendances, qui ne sont évidemment jamais communiquées réellement par les industriels, pour tenter de proposer un enrobage qui sera susceptible d'être mis en valeur par les plateformes.
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Notre profession ne trouvera pas son salut tant qu'elle ne remettra pas frontalement en cause cet écosystème dans sa totalité. La manière de concevoir les grands modèles de langage, au détriment des règles les plus élémentaires, n'est en rien une anomalie. Elle met juste en lumière un modèle d'affaires prédateur que nous avons appris à considérer comme normal.
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Le président du New York Times se félicite aussi d'adopter les nouvelles technologies. C'est bien. Il faut être ouvert d'esprit et je ne défends pas un rejet systématique. Mais quand même. Quand tous les médias se jettent tête baissée dans le déploiement de systèmes qu'ils ne maîtrisent pas, et qui modifient profondément la manière dont ils s'organisent, ils deviennent complices de leur propre déclassement. Il faut être plus nuancé dans cet enthousiasme technobéat.
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Les médias doivent adopter une posture beaucoup plus radicale s'ils veulent échapper au péril qu'Arthur Gregg Sulzberger décrit si bien dans son discours. Le problème, c'est qu'ils semblent déjà avoir baissé les bras sur l'essentiel. Et ça n'est pas de bon augure.
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Merci de m'avoir lu, je vous donne rendez-vous pour la prochaine infolettre. En attendant, vos remarques sont les bienvenues. Vos suggestions de sujet aussi.
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